Architecture et lumière dans les mosquées tunisiennes et algériennes de la période pré-ottomane
Architecture et lumière dans les mosquées tunisiennes et algériennes de la période pré-ottomane

Résumé

Les sociétés humaines associent à la lumière un caractère sacré richement manifeste dans les œuvres écrites et construites ainsi que dans leur mode de vie quotidien. L’islam, en continuité aux préceptes des autres religions monothéistes, valorise la lumière et les savants et intellectuels musulmans le feront davantage. Aux niveaux urbain et architectural, l’éclairage naturel et le contrôle solaire se révèlent en tant que soucis non sans moindre importance pour les bâtisseurs musulmans. De surcroît, les solutions empruntées pour contrecarrer l’impact de l’ardu ensoleillement régnant dans la majeure partie des pays musulmans valorisent esthétiquement les divers lieux en créant des effets visuels très attractifs dont témoignent plusieurs récits de voyage. D’autre part, les pays musulmans attestent d’un patrimoine architectural enserrant d’innombrables dispositifs d’éclairage naturel et artificiel qui pourraient acquérir le statut de références pour les productions architecturales contemporaines aussi bien qu’un témoignage civilisationnel spécifique aux cultures islamiques.
En ce sens, un travail de recherche a été mené en vue d’explorer la manière avec laquelle la lumière naturelle a été introduite, régulée et diffusée au sein des mosquées des pays du Maghreb. Cette recherche s’appuie sur la notion d’ambiance, qualifiée de « patrimoniale » pour le cas de la présente entreprise. Par « ambiance », il est entendu ce rapport « sensoriel » qui s’établi entre un individu et un stimulus (signal) du milieu l’entourant et ce à travers les cinq modes sensoriels (ouïe, toucher, vue, odorat et goût). La lumière est ainsi considérée comme le signal en question et la mosquée est prise en tant que milieu sacré spécifique aux sociétés musulmanes. La manifestation de ces rapports sensoriels est illustrée par des propos tirés de récits de voyageurs ayant parcouru différentes contrées islamiques. Ceci attribue le statut « patrimonial » aux ambiances étudiées et met en exergue la valeur historique qui leur est allouée. Quatre composantes constituent le modèle conceptuel de l’ambiance : i) Contexte du lieu où se situe l’espace architectural (climat, culture, société), ii) Espace architectural (conformation, activités ou usage…), iii) Environnement physique relatif au stimulus (thermique, lumineux, sonore, olfactif, aéraulique…), et iv) Usager (perception et comportement).
La présente recherche se focalise sur l’espace architectural parmi les composantes de ce modèle conceptuel.
Elle aborde en première étape la pertinence de l’espace architectural, en soi, comme témoignage vivant de la civilisation islamique ; témoignage qui se substitue aux écrits rares, voire absents, relatant les intentions architecturales qui leur sont sous-jacentes. L’analyse statistique appliquée en architecture sera présentée en guise de méthode objective et démonstrative des permanences et variations des dispositifs d’éclairage naturel présents dans les mosquées de Tunisie et d’Algérie datant de la période pré-ottomane. A cette fin, un corpus de trente mosquées a été visité dans ces deux pays et a fait l’objet d’observations, de prises photographiques ainsi que de croquis. Une revue de la littérature, précédant le travail sur le terrain, a permis de mettre en exergue les parties originales des édifices (revenant aux périodes pré-ottomanes) et de pouvoir identifier et cerner les dispositifs d’éclairage naturel qui leur reviennent. Les résultats obtenus permettent de dégager des stratégies d’éclairage naturel et les dispositifs architecturaux qui leur sont associés. Ces dispositifs sont ensuite commentés en rapport avec ceux existants dans des mosquées qui leurs sont antérieures (celles du Moyen-Orient) et postérieures (Ottomanes en Tunisie et en Algérie).
Enfin, des conclusions sont tirées en vue d’en constituer des références aussi bien pour des projets de préservation du patrimoine architectural religieux que pour une architecture sacrée contemporaine.

Biographie

BELAKEHAL Azeddine
Architecte de formation, Azeddine BELAKEHAL est maître de conférences à l’université de Biskra (Algérie), membre du corps enseignant de la formation doctorale à l’Ecole Nationale d’Architecture et d’Urbanisme de Tunis et de celle du magistère « Patrimoine Urbain et Architectural » de l’Ecole Polytechnique d’Architecture et d’Urbanisme d’Alger. Après avoir soutenu un magistère sur les effets esthétiques et climatiques de l’ombre au niveau de la façade et un doctorat sur l’éclairage naturel dans les bureaux, il mena une recherche postdoctorale, financée par l’American Institute for Maghrib Studies (AIMS), dont l’objet est l’éclairage naturel dans les mosquées maghrébines. Il a également obtenu une bourse de recherche postdoctorale de la part du Council of American Overseas Research Centers pour une étude sur les « Ambiances des demeures tunisoises ». Azeddine Belakhal  a été aussi l’initiateur d’une formation master en architecture sur le « Patrimoine urbain et architectural au Sahara », d’un magister sur le « Patrimoine urbain et architectural dans les Aurès et au Sahara » ainsi que d’une formation doctorale (LMD) « Architecture, Environnement et Patrimoine ». Ses récentes publications sont relatives aux ambiances et environnements sensoriels comme héritage urbain et architectural. Il dirige diverses recherches, en post-graduation, qui abordent la thématique des ambiances et des paysages patrimoniaux.
Publications :
– Belakehal A, Tabet Aoul K. et Farhi A. (2015), Daylight as a design strategy in the Ottoman mosques of Tunisia and Algeria. International Journal of Architectural Heritage: Conservation, Analysis,and Restoration.
(DOI 10.1080/15583058.2015.1020458).
– Ziani A. et Belakehal A. (2015), Spatialités lumineuses dans les medersas du Magreb. A paraître dans le numéro 32 de la revue Chronos.
– Ouaret M. et Belakehal A., (2014), Valeurs culturelles et paysages identitaires en Algérie. Sixièmes journées doctorales du paysage, 1-2/10/2014, Blois, France.
– Belakehal A., (2014), Les ambiances lumineuses dans les mosquées aghlabides. Conférence Internationale « The Aghlabids and their Neighbours. Art and Material Culture in Ninth-Century North Africa », 23-24/04/2014, Londres, Royaume-Uni.
– Ziani A. et Belakehal A., (2013), Les spatialités lumineuses dans les medersas maghrébines. Actes du Colloque International « La lumière dans les religions du livre. Une approche pluridisciplinaire », 13-14/12/2013, Beyrouth, Liban.
– Zidelmal-Remas N. et Belakehal A., (2013), Le roman comme source pour les recherches en patrimoine architectural. L’exemple des ambiances des maisons traditionnelles kabyles. Colloque « Corpus de textes : composer, mesurer, interpréter », 17-18/06/2013, Lyon.
– Belakehal A. (2013), De la notion d’Ambiance. Courrier du Savoir Scientifique et Technique N°16, Décembre, pp.49 -54.
– Belakehal A., (2012), Les ambiances patrimoniales. Problèmes et méthodes. Actes du 2ème Congrès International sur les Ambiances, 19-22/09/2012, Montréal, Canada, pp.505-510.
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