BEJAIA, Capitale des lumières. Histoire et Archéologie

Résumé

Bejaia, cette ville a un passé historique riche et varié qui remonte très loin dans le temps. En effet le site est habité dès la préhistoire et les grottes du Pic des Singes en ont gardé encore des traces. Mais l’agglomération apparait déjà à l’époque des royaumes berbères de l’époque de Massinissa, de Syphax et des comptoirs puniques de l’époque de Carthage. La ville Saldae apparait au grand jour avec son statut de colonie à l’époque d’Auguste et
les aménagements faits à l’époque antique comme la construction de remparts et l’approvisionnement en eau par l’aqueduc de Toudja, attestent de l’importance de l’agglomération.
La ville fut toujours un centre commercial important au niveau de la Méditerranée comme ces différentes inscriptions trouvées à Rome qui attestent de la vitalité des commerçants de la ville ou de ses amphores trouvées dans les ports du bassin méditerranéen.
Mais c’est avec El Nacir le Hammadite que la ville va connaitre son apogée à partir de 1068. Elle devient la capitale d’un état reconnu par toutes les nations. Sa position sur la Méditerranée en faisait la première capitale nord africaine après Mahdia. Ce statut de métropole, Bejaia le gardera avec les Almohades et leurs héritiers les Hafsides.
Son port, dont il ne reste que la fameuse Bab el Bhar, est fréquenté par de nombreux commerçants venus de Pise, Gênes, Florence, Barcelone, Majorque, Alexandrie, etc…. On vient y chercher des matières premières comme le blé, l’huile, les figues, la fameuse herbe de Bougie, de la céramique, l’or du Soudan, les minerais etc…
Cette activité commerciale n’allait pas sans la réputation de Bejaia comme pôle culturel et universitaire. On venait de tout le Maghreb et d’Andalousie pour parfaire ses connaissances dans tous les domaines aussi bien religieux que scientifique. C’est ainsi qu’Ibn Toumert, Ibn Khaldun, El Abili, Ibn Hamdis le sicilien, El Abdari séjournent dans cette métropole méditerranéenne. El Ghobrini signale dans son livre plus de cent savants dans la ville de Bejaia qui est pourvue d’universités et de bibliothèques. Même les Européens à l’instar de Léonardo Fibonacci viennent y étudier les mathématiques.
La ville connait une décadence suite à l’occupation espagnole qui durera près de cinquante ans. Les Ottomans qui occupent la ville à partir de 1555 se contentent d’en faire un simple point de défense même si ses environs fournissaient le bois nécessaire à la construction des bateaux pour la course. Bejaia subit la colonisation à partir de 1832 mais ses populations mènent une résistance acharnée qui se caractérise par la grande insurrection de 1871 qui embrasa toute l’Algérie et qui fut réprimée aussi sauvagement qu’à Kherrata ou Amouchas en 1945. C’est aussi dans les environs de Bejaia qu’eut lieu le congrès d’Ifri qui aboutit à l’indépendance de l’Algérie.
La ville a gardé de ces périodes des traces archéologiques (Cippe de Nonius Datus, Bab el Bhar, remparts d’époque médiévale…) qu’il nous faut protéger et mettre en valeur, car faisant partie de notre mémoire collective.

Biographie

Abderrahmane Khelifa est docteur en histoire, docteur en archéologie islamique et ancien élève de l’école normale supérieure.
Il a effectué de nombreuses fouilles, notamment sur les sites médiévaux (Tlemcen, la Kalaa, Honaine…). Il a enseigné à l’école supérieure des Beaux Arts et en post graduation à l’école polytechnique d’architecture et d’urbanisme d’Alger (EPAU).
Il est l’auteur de nombreux articles et ouvrages sur les grandes villes d’Algérie (Alger, Tlemcen, Constantine, Honaine, Bejaia…).
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