Résumé

Les recherches relatives aux cadrans solaires musulmans sont encore en leurs débuts et leur majorité se sont penchées beaucoup plus sur les côtés scientifiques et astrophysiques sans donner suffisamment d’importance au contexte historique de la réalisation de ces œuvre astronomiques et leur évolution à travers l’histoire.

Quant aux études quantitatives et outre le corpus des cadrans solaires de Turquie fait par Nusret çam (1990), celui de l’Egypte réalisé par Jamâl Abdessalem Khayr Allâh (1995) et celui de Tunisie accompli par nous même (2014), le matériel de gnomonique du reste du monde musulman n’est connu qu’à travers certaines recherches de civilisations, d’architecture et d’histoire des sciences ou même des études mathématiques expérimentales traitant ces instruments sans rapport avec leur historique.

Ces instruments sont souvent répartis selon leur morphologie en deux grands types ; cadran horizontal et cadran vertical, ou basîta et qâ’ima d’après la terminologie de l’époque. Le premier type consiste à graver le contenu de l’assemblage sur une plaque qui est placée par la suite horizontalement sur un support construit en un espace à ciel ouvert dans l’édifice, alors que pour le second, l’instrument est scellé verticalement sur le mur du monument exposé au soleil.

Cette typologie dite classique n’est liée à aucune période historique, ni à un type de monument ou à une région donnée et ni même à aucune spécificité gnomonique. De ce fait, son exploitation dans les études historiques et archéologiques est restée très limitée et nécessite plus d’investigation et de comparaison des données qui figurent sur ces l’œuvres  afin d’en extraire les contributions qu’elles peuvent apporter à la gnomonique musulmane et à l’histoire des sciences en général.

La typologie chronologique que nous avons proposée pour les mizwala-s de Tunisie à partir de leurs caractéristiques gnomoniques nous a permis de mieux comprendre ces instruments scientifiques et suivre leur évolution depuis l’époque médiévale jusqu’à l’époque contemporaine avec l’apparition et la propagation des horloges mécaniques. Elle nous a incité en effet à aborder et résoudre plusieurs questions telles les origines antiques de la mizwala musulmane et ses influences sur l’horloge européenne, l’usage de la gnomonique dans la répartition de l’eau dans les oasis, le métier de gnomoniste dans le monde musulman et bien d’autres…

Cette classification nous a permis également d’établir des repères chronologiques se rapportant à certaines caractéristiques de ces outils comme le type de l’assemblage, le mode de fonctionnement, les unités de mesure du temps et les courbes relatives aux moments religieux et célestes. Ces repères sont servis pour dater les instruments dépourvus d’inscriptions commémoratives et les attribuer à leurs séries et par conséquent les étudier dans leur contexte architectural ou archéologique.

La communication actuelle se propose pour un essai d’application de cette nouvelle typologie chronologique sur les mizwala-s du Maghreb musulman à partir de la présentation et l’examen de quelques spécimens représentatifs et suivre leur évolution jusqu’à l’époque contemporaine tout en mettant en évidence les caractéristiques de chaque région et de chaque période.

Nous nous proposons de commencer par une présentation générale des cadrans solaires musulmans du Maghreb et de faire le constat des études qui s’y rapportent. Nous tenterons ensuite d’esquisser les caractéristiques de ces instruments et les critères de la typologie proposée et exposer en troisième partie les grands types issus de cette typologie et déceler l’évolution de ces instruments depuis l’époque médiévale jusqu’à l’époque contemporaine, pour conclure par l’importance de l’établissement des comparaisons entre les œuvre astronomiques de différentes régions maghrébines dans les études des échanges culturels et des circulations des idées.

Biographie

JARRAY Fathi

Enseignant-chercheur à l’université de Tunis en détachement à l’Institut national du Patrimoine et directeur du centre national de la calligraphie.
Publications:

  • Jarray, Fathi, 2009, « Mizwalat al-jâmi‘ al-kabîr de Kairouan », Encyclopédie de Kairouan, Tunis, p. 312-314.
  • Jarray, Fathi, 2011, « Les cadrans solaires islamiques de Tunisie : essai de typologie préliminaire », Safranbolu Saat Kulesi ve Zaman Ölçerler Sempozyumu, Karabük Üniversitesi, Fen Edebiyat Fakültesi, Turquie, p. 155- 200.
  • Jarray, Fathi, 2012, « De l’horologium, solarium antique à la mizwala islamique : de l’adoption à l’adaptation », Africa Romana XIX, Université de Sassari, Sardaigne, p. 2365-2380.
  • Jarray, Fathi, 2013, « Notes préliminaires sur deux mizwala-s méconnues de la ville de Kairouan », Kairouan et sa région : nouvelles recherches d’archéologie et de patrimoine, Actes du troisième Colloque international du Département d’Archéologie de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Kairouan, Tunis, p. 391-399.
  • Jarray, Fathi, 2014, « A propos du cadran solaire de la Grande Mosquée de Mascara en Algérie»,Mascara: Société et Histoire, Publications du Laboratoire des Recherches et Historiques, Sous la direction de Pr. Boudaoud Abid, Alger, 2014, p. 265-275.
  • Jarray, Fathi et Eric Mercier, 2015, « Cadrans de la Grande mosquée al-Zaytûna », Cadran info, N° 31, p. 53-68.
  • Jarray, Fathi, 2015, Mesurer le temps en Tunisie à travers l’histoire, Publications de la Cité des Sciences de Tunis, Tunis.
  • Jarray, Fathi, (prévu 2015), « Le métier de gnomoniste d’après la collection des mizwala-s de Tunisie », Métiers, savoir faire et vie professionnelle dans la Méditerranée d’après les sources archéologiques, Actes du deuxième colloque international de l’Institut supérieur des métiers du patrimoine de Tunis, Tunis, p. 167-180.