PATRIMOINES MUTILES

Résumés

 Ces trésors de l’Humanité défigurés par la folie des hommes

Editions  Erick Bonnier «  Encre d’Orient » . Paris 2016

Est consacré au  Patrimoine  Culturel  Face  Aux    Crises et Récents Conflits Armés.

Il rend compte du travail effectué par M. Bouchenaki Mounir durant sa longue carrière à l’UNESCO ( 25 ans) puis à l’ICCROM (6 ans) et enfin au Centre Régional Arabe pour le Patrimoine Mondial.

« La guerre est l’ennemi de l’Homme » a déclaré l’expert en droit international Jiri Toman. «  Elle est également l’ennemi de ce que l’Homme a produit  de meilleur – art, culture, monuments, soit l’ensemble du patrimoine historique et culturel. Beaucoup d’œuvres d’art ont été détruites au cours des siècles, œuvres que nous ne connaîtrons jamais et que nous ne reverrons jamais ».[1]

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les puissances belligérantes, conscientes du désastre subi et d’éviter qu’il ne renouvelle, ont décidé de la création de l’ONU à New York dès 1945 avec l’un de ses organes spécialisés, l’UNESCO, établi à Paris et dont la mission était de « veiller à la conservation et à la protection du patrimoine universel de livres, d’œuvres d’art ou d’autres monuments d’intérêt historique ou scientifique et de recommander aux peuples intéressés des conventions internationales à cet effet ».

Nous avons pu noter, depuis plus d’une quarante d’années, que dans les reconstructions d’après-guerre le patrimoine culturel est perçu par les Etats, la communauté scientifique internationale et les populations comme une priorité pour sa sauvegarde et sa mise en valeur.

« Le plus grand défi pour l’UNESCO, avait déclaré son ancien Directeur général, Koichiro Matsuura, est de faire en sorte que les autorités publiques, le secteur privé et la société civile dans leur ensemble réalisent que le patrimoine culturel n’est pas seulement un instrument de paix et de réconciliation, mais aussi un facteur de développement ». Ce message qui date de 2002, a été prononcé à l’occasion de «  l’Année des Nations-Unies pour le Patrimoine Culturel » lors de l’Assemblée générale de l’ONU à New York.

Quinze ans après, une telle affirmation demeure tours d’actualité.

Hélas, les conflits armés que l’on voit se développer depuis la fin du XXème siècle et le début du siècle que nous vivons ont pris comme cibles non seulement les populations civiles mais également et de façon de plus en plus intentionnelle les symboles de la culture et du patrimoine culturel en vue d’annihiler, sur la base d’une idéologie extrémiste, la mémoire et l’identité d’un peuple.

Ces nouveaux conflits qui diffèrent des guerres traditionnelles  se développent dans des pays tels que  l’Irak, la Libye, le Mali, la Syrie et le Yémen d’une richesse archéologique, architecturale et urbanistique tout  à fait exceptionnelles, comme on les voit se dérouler sous nos yeux, grâce aux techniques de communication mise parfois à profit par les groupes terroristes eux-mêmes dans leurs basses œuvres de destruction.

Ce type de dommages parfois irréversibles conduit l’UNESCO a affirmer davantage l’importance du respect des textes normatifs qu’elle a mis en place avec l’assentiment et le concours de la communauté internationale de même que les actions d’urgence menées dès qu’un minimum de sécurité est assuré pour l’intervention des experts sur le terrain.

Dans le sillage de la destruction du patrimoine culturel de villes historiques comme Varsovie, Dresde ou Coventry , pour ne rappeler que quelques exemples bien connus de tous, la communauté internationale a élaboré sous l’égide de l’UNESCO la première convention internationale qui vise à la protection du patrimoine culturel dans les situations de conflits armés, dénommée Convention de  la Haye de 1954, avec ses deux protocoles additionnels de 1954 et de 1999.

Depuis lors, la nature des guerres et des conflits a changé, celles-ci devenant moins une affaire de belligérants externes que de conflits et de crises violents internes aux pays.

Les listes de sites historiques et archéologiques gravement endommagés, dont plusieurs déjà inscrits au Patrimoine Mondial de l’UNESCO, et notamment Alep, Bosra, Hatra, le Krak des Chevaliers et  Palmyre,  ainsi que  de musées détruits et volés comme ceux de Baghdad, Mossoul, Palmyre et beaucoup d’autres, ne cesse de s’allonger , ce qui représente aujourd’hui un défi majeur pour l’ensemble de l’Humanité.

Il est évident aujourd’hui que toutes les organisations spécialisées dans la sauvegarde et la restauration du patrimoine culturel, qu’elles soient  gouvernementales ou  non – gouvernementales [2] de même que de nombreuses Universités dans le monde, sont en train de se mobiliser pour qu’une assistance d’urgence puisse se mettre en place et qu’un financement puisse être assuré pour des opérations appelées à durer pendant des années, sinon des dizaines d’années, tant les dégâts ont dépassé toutes les proportions imaginables.

Rappelons pour mémoire qu’à la suite de la signature des Accords de Paris  de 1992 qui ont mis fin à un long  conflit au Cambodge, ce pays mène, depuis 25 ans, sous la coordination de l’UNESCO des opérations de restauration et de réhabilitation du site archéologique et historique d’Angkor grâce à une coopération internationale exemplaire. Et le travail se poursuit et se poursuivra pendant encore de nombreuses années.

L’approche généralement retenue par l’UNESCO, face à ces situations conflictuelles, est d’en appeler immédiatement, comme l’a fait depuis plusieurs années Madame Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO, à une prise de conscience de la part de la communauté internationale en lançant le programme « Unis pour le Patrimoine » (Unite for Heritage). L’UNESCO sollicite à cet égard la coopération et la collaboration des Etats-Membres qui ont, pour leur grande majorité, ratifié  les six Conventions internationales qui servent dorénavant de cadre juridique global à la sauvegarde et au développement du patrimoine culturel et naturel de l’Humanité.

Mounir Bouchenaki

Paris  9  Mars  2017

[1] Jiri Toman, dans La protection des biens culturels en cas de conflit armé, Commentaire de la Convention de La Haye du 14 Mai 1954, Paris – UNESCO, 1994, Page 1)

[2] Les ONG principales telles l’ICOMOS, l’ICOM, l’IUCN, les « Boucliers Bleus », Patrimoine sans Frontières etc.., sont actives aux côtés de l’UNESCO, l’ICCROM, l’ALECSO et l’ISESCO.

Biographie

Mounir Bouchenaki a été élu en qualité du Directeur général de l’ICCROM (Centre International d’Etudes pour la Conservation et la Restauration des Biens Culturels) en novembre 2005.  Il a occupé auparavant, au sein de l’UNESCO, entre 1982 et 2005 les fonctions de Directeur de la Division du Patrimoine Culturel, de Directeur du Centre du Patrimoine Mondial et de Sous-Directeur général pour la Culture.  Il a ensuite dirigé pendant trois ans ( 2013 – 2016)  le Centre Régional Arabe pour le patrimoine mondial établi à Bahreïn sous l’égide de l’UNESCO.

Il a également exercé les fonctions du Directeur des Beaux Arts, Monuments et Sites au sein du Ministère de l’Information et de la Culture en Algérie entre 1974 et 1982.

En 2002, M. Bouchenaki a été élevé au rang de Commandeur de l’ordre du mérite culturel par le Président de la République de l’Italie et en avril 2006, M. Bouchenaki a été nommé par le Président de la République de France en qualité de Chevalier de la Légion d’Honneur.  En novembre 2007,  a reçu la Médaille d’or du Mérite Culturel d’Algérie, remise par la Ministre de la Culture d’Algérie. Depuis 2005, il est membre Ad Hoc du groupe d’experts pour le Comité international de coordination pour la sauvegarde et le développement du site historique d’Angkor (CIC/Angkor).

Publications :

Le Mausolée Royal de Maurétanie, Alger, SNED, 1970.

– Fouilles de la nécropole occidentale de Tipasa, Alger, Bibliothèque Nationale, 1975.

– Cités Antiques d’Algérie, Alger, Ministère de la Culture, 1975, re ed.1980.

– La Monnaie de l’Emir Abd-El-Kader, Alger, Bibliothèque Nationale, 1976.

– Patrimoines Mutilés,  Editions  Erick Bonnier « Encre d’Orient » Paris 2016.

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