08-05-2010Tout a commencé avec la décision prise par le ministère des Transports d’entamer, à la place des Martyrs, les travaux de réalisation de la gare principale du métro d’Alger, ignorant ainsi les contraintes liées au patrimoine que le ministère de la Culture avait posées. Il a fallu, donc, l’intervention de l’Unesco pour que le département de Amar Tou fasse marche arrière. Finalement, les deux parties sont arrivées à trouver un compromis. Entamer un sondage pour évaluer ce qu’il y a sur place comme potentiel archéologique. Des archéologues algériens avaient préparé le projet (administrativement et techniquement), pour être, quelque temps après, mis à l’écart. Il sera finalement cédé à l’Institut français de recherche en archéologie préventive (INRAP). C’est là justement, que l’histoire, toujours ignorée de la Place et où sont passées toutes les civilisations de l’Algérie, remonte à la surface !

Enquête réalisée par Mehdi Mehenni
Avant le commencement du sondage archéologique pour lequel les Français ont été sollicités malgré l’insistance des spécialistes algériens de prendre en charge ce chantier, qui est d’une importance capitale pour l’histoire algérienne, il y a eu un sondage d’estimation dirigé par les archéologues de la Direction de la culture de la wilaya d’Alger. Ces derniers, affirment certains spécialistes du secteur, n’ont jamais eu l’occasion de prendre en charge une fouille archéologique, du moins de cette envergure. Cette équipe a été grassement payée par la société du métro d’Alger. Mme Sator, docteur en médecine de formation mais aussi directrice de la culture de la wilaya d’Alger et directrice par intérim de la cinémathèque d’Alger, dirigeait scientifiquement les travaux. Ainsi, d’après ce sondage d’estimation, les vestiges de la place des Martyrs s’arrêtent à sept mètres de profondeur. D’abord, cette équipe a découvert les soubassements de l’hôtel de la Régence construit par les Français quelques années après la colonisation de l’Algérie et qui, dit-on, a pris la place de la fameuse mosquée «Sayeda», que les colons avaient entièrement rasée. Mais au fur et à mesure que les fouilles avançaient, les archéologues sont tombés sur les soubassements de la mosquée Sayeda ! Cette dernière a été reconnue grâce à des textes historiques qui décrivent son décor. Il reste encore de ce monument historique quelques murs ornés de Zelidj marocain, une décoration très rare en Algérie et que les spécialistes algériens disent n’avoir vu qu’à Alger. Il se peut que la thèse que la mosquée Sayeda a été détruite par les Français pour la construction sur son site, de l’hôtel de la Régence soit entièrement ou partiellement fausse et qu’une grande partie de cette mosquée qui, dit-on, date de l’époque ottomane ou d’un peu avant — tant que des recherches sérieuses n’ont pas été entamées — demeure toujours enfouie sous terre». De toute manière, il est impossible d’avoir une réponse à toutes ces interrogations, car les archéologues ont démoli les soubassements de l’hôtel de la Régence, de la mosquée Sayeda, d’une couche d’Alger datant des Turcs, Beni Mezghana, Hammadites, Byzantins, Vandales, Romains, Numides et Puniques, sans avoir pris le soin d’inventorier, étudier et classer dans leur contexte les céramiques et les matériaux archéologiques découverts qui, rappelons- le, constituent une batterie d’informations historiques d’une grande importance pour la ville d’Alger. Ainsi, les fouilles ont été menées sans aucune méthodologie scientifique. Les céramiques ont été évaluées au… kilogramme (400 kg de différentes céramiques, qui ont été déposés pêle-mêle dans des casiers destinés au lait berlingot, dans les caves du Centre national de recherche en archéologie (CNRA). Qui dit mieux !
Pourquoi l’Unesco est-elle intervenue et imposé l’INRAP ?
La Casbah d’Alger est classée patrimoine mondial depuis 1982. Si elle est considérée comme tel, ce n’est pas pour les vestiges de la Basse-Casbah qui demeurent au sous-sol de la Place des Martyrs, mais plutôt pour les constructions et monuments visibles ou encore debout, qui sont d’un caractère architectural exceptionnel, telles les mosquées Ali Betchine, Ketchaoua, Sidi Abdallah ou encore Dar Aziza, Dar El Hamra. Elle a également été classée patrimoine mondial pour son histoire médiévale (du XIe au XVe siècle) et moderne (son rôle pendant la guerre de Libération nationale). Pourquoi l’Unesco n’est pas intervenue, si La Casbah d’Alger subit une dégradation des plus avancées depuis plusieurs années et ne s’est manifestée qu’en 2009 pour s’inquiéter de vestiges dont l’existence n’était pas encore avérée ? Car on supposait que les Français, après la prise d’Alger, ont tout démoli.
D’après des sources proches du dossier, le ministère des Transports voulait inciter le département de Khalida Toumi, qui était encore réticent, à ouvrir un projet de fouilles à travers sa décision d’entamer les travaux à son insu, étant donné que le métro d’Alger n’était plus en mesure d’attendre. Comble de l’ironie, ce n’est pas cette institution censée représenter la culture algérienne qui a réagi, mais l’Unesco après avoir été contacté par des Algériens. Le département de Amar Tou a obtenu ce qu’il désirait, l’Unesco a servi d’intermédiaire entre lui et le ministère de la Culture. Un sondage d’estimation, financé par l’Entreprise du métro d’Alger, a été entamé dans un premier temps, et l’Unesco a suggéré — pour ne pas dire imposé —, par la suite l’Institut français de recherche en archéologie préventive (INRAP) pour la réalisation d’un diagnostic archéologique. Des archéologues du Centre algérien de recherche en archéologie (CNRA) avaient, entre-temps, préparé un projet pour la prise en charge de cette fouille. Mais le ministère de la Culture l’a refusé, et l’Unesco voulait absolument imposer l’INRAP. Pour le département de Khalida Toumi, ce choix s’explique par le fait que les archéologues algériens ne sont pas assez compétents pour cette tâche, alors qu’en ce qui concerne l’Unesco, affirment certains spécialistes algériens bien au fait du dossier, les raisons sont beaucoup plus obscures ! Une certaine Mounira Baccar, de la division patrimoine mondial de l’Unesco, Tunisienne et très proche du directeur régional de l’institut français, dit François Souq qui a été nommé chef du projet de la fouille de la Place des Martyrs, a vivement recommandé l’INRAP. Pour l’institut français, il s’agit d’une grande opportunité, car il n’avait jamais opéré hors de France. D’ailleurs, pour la réalisation de l’autoroute qui traverse le site de Douga en Tunisie (classé patrimoine mondial), l’Unesco n’a pas entrepris les mêmes démarches, et ce sont des archéologues tunisiens qui ont pris en charge le chantier. Pourquoi l’Algérie et non pas la Tunisie ou plutôt le contraire et pourquoi Mounira Baccar n’a-t-elle pas suggéré l’INRAP à son pays ? L’Algérie a-t-elle plus d’argent à dépenser que d’autres pays ?
Un projet de 1,7 milliard… et 505 millions pour les Français
Le ministère de la Culture algérien, après la signature d’une convention avec l’INRAP, a débloqué au profit de l’Office national de gestion et d’exploitation des biens culturels (OGBC), un budget de 1 milliard et 750 millions de centimes pour le financement de la fouille. 505 millions de centimes (hors taxes) ont été versés au compte des Français. 225 millions de centimes devaient êtres versés à l’équipe d’archéologues algérienne composée d’une trentaine de personnes, dont un chef de projet, des responsables de secteur et des archéologues qui, d’ailleurs, n’ont pas été payés à ce jour. Alors que le reste du budget (1 milliard et 20 millions de centimes) a été consacré à l’achat d’équipements et surtout à la prise en charge (billets d’avion, hébergement, restauration, transport…) des Français. D’abord, en écartant les Algériens qui avaient au départ tracé les grandes lignes du projet, les spécialistes du secteur ont commencé à se poser beaucoup de questions, mais après la non-rémunération de ceux qui étaient désignés pour représenter la partie algérienne et prendre part à la fouille menée par les Français, la situation s’est davantage compliquée. D’ailleurs, plus d’un s’est demandé comment un ministère a pu signer une convention avec un institut. La logique veut que la convention soit signée par le Centre algérien de recherches en archéologie et non par le ministère, qui représente la souveraineté de l’Etat.
Les fouilles…
Les Français ont entamé l’opération de fouilles au début du mois de juillet 2009 et il est stipulé dans la convention que les travaux s’étaleraient sur 40 jours et que le rapport final des fouilles sera rendu à l’Algérie au bout de huit semaines afin de permettre à l’Entreprise du métro d’Alger d’ouvrir au plus vite son chantier de la place des Martyrs. Une situation d’urgence ! Les fouilles réalisées en un temps record, vu l’importance du site, ont révélé différentes couches archéologiques très riches. Cela va de l’époque du règne de Juba II sur la Maurétanie (1er siècle av. J.-C.) aux périodes ottomane et coloniale. À l’occasion du mois du patrimoine, le CNRA avait organisé, le 25 avril dernier, une journée d’étude pour présenter les synthèses des travaux de recherches qui ont été réalisés durant l’année 2009. Le chef du projet «place des Martyrs» côté algérien (désigné par la ministre en personne pour suivre les travaux aux côtés des Français), Kamel Stiti, archéologue, a présenté les premiers résultats des fouilles qui se présentent comme suit : «Deux sondages ont été ouverts aux extrémités nord et sud du projet d’aménagement sur une surface d’environ 400 m2, ce qui a permis de reconnaître les niveaux archéologiques jusqu’au rocher situé à 7m de profondeur. La zone concernée par le sondage n° 1 est située au sud du projet le sondage n° 2 a été implanté à 60 m au nord du premier. Ils ont tous les deux recoupé un ancien vallon orienté nord-sud, entre La Casbah et le quartier de la Marine. Ledit vallon recueille les eaux de surface et les évacue au sud vers la mer. La première occupation de ce secteur remonte à la période augustéenne, qui correspond au règne de Juba II sur la Maurétanie. Rapidement, le thalweg, qui fonctionne probablement comme un oued, va se combler durant le même siècle, la ville d’Icosium s’étend et des constructions sont édifiées dans ce vallon : un quartier d’habitation au nord, un bâtiment de grande taille au sud, qui sera recouvert lors de l’édification d’une basilique. L’occupation urbaine se maintient jusqu’à la fin du Ve siècle de notre ère. Par la suite, une nécropole s’installe dans les ruines du quartier, sans qu’il soit encore possible de la dater précisément. L’époque médiévale voit émerger de nouvelles constructions qu’il est difficile de situer clairement (entre le XIe et le XIIIIe siècles). Notons que les espaces situés au sud ont servi de dépotoir pour les ateliers de potiers aux XIe et XIIe siècles. Les vestiges de la période ottomane sont bien représentés : habitats au nord, quartier artisanal au sud. Enfin, la période coloniale a laissé son empreinte lors de la transformation des maisons préexistantes et la construction de l’hôtel de la Régence. Ces deux sondages ont permis la mise au jour d’un matériel archéologique important, qui se répartit entre ossements issus des tombes fouillées, pièces de monnaie, éléments architectoniques et panneaux de mosaïques, est-t-il mentionné dans un document rendu public par le CNRA lors de cette rencontre. Alors que sur le site Internet de l’institut français (INRAP), figure une présentation des fouilles de la Place des Martyrs où est surtout mise en exergue la basilique chrétienne et la période romaine. On trouve très peu d’informations sur les périodes musulmane et turque. Lors de cette journée d’étude, un débat entre les spécialistes algériens a suivi la présentation de Kamel Stiti (chef du projet Place des martyrs, partie algérienne). Le débat a surtout tourné autour de l’identification d’un bâtiment et les datations. M. Stiti, qui s’est référé à l’interprétation des Français qui ont reconnu le bâtiment comme basilique «chrétienne » à partir de la datation de la mosaïque trouvée, a été réfuté par deux spécialistes algériennes de la mosaïque et de la période romaine, en l’occurrence la Dr Ferdi Sabah et Dr Aïcha Malek, qui sont aussi membres du conseil scientifique du CNRA. Selon ces dernières, il est fort probable que les Français se sont trompés, car il y a une énorme différence entre la mosaïque romaine d’Occident et celle typiquement africaine. D’autant plus, ont-elles souligné, que les archéologues français sont des spécialistes de la mosaïque gauloise et non pas de celle africaine. D’ailleurs, Kamel Stiti est un spécialiste de la période préhistorique et non de celles antique et médiévale. Interrogé en marge de cette rencontre, Sabah Ferdi a expliqué qu’on ne peut définir le bâtiment découvert comme basilique chrétienne de par son plan (absyde, nef centrale et nef latérale) ou par rapport à sa mosaïque qui, dit-on, date de l’antiquité tardive (VIe et Ve siècles av. J-C). C’est-à-dire qu’il peut s’agir d’un bâtiment qui a eu une autre fonction, car une basilique chrétienne a ses propres spécificités. Entre autres, les dessins et les espaces religieux de culte, espaces réservés à la liturgie religieuse tel le chœur, situé en avant de l’absyde où chantent les enfants, l’autel contenant les reliques des saints à côté duquel le prêtre dit la prière, les tombes des saints situées sous la mosaïque et sur lesquels les fidèles marchent, ainsi que les débris de croix. D’ailleurs, lors de la présentation des fouilles, Kamel Stiti a argumenté la définition du bâtiment comme basilique chrétienne par le fait que des croix figurent sur la mosaïque retrouvée. Par contre, Sabah Ferdi et Aïcha Malek ont prouvé à l’assistance, à travers une photo de la mosaïque du bâtiment comportant des dessins et exposée au public, qu’il s’agit d’une fleurette décorative et non pas d’une croix. Devant l’insistance de ces deux spécialistes, Stiti a fini par céder, se déclarant finalement non spécialiste en la matière. Voyant le malaise qui régnait dans la salle, le directeur du patrimoine au niveau du ministère de la Culture, Mourad Bouteflika, présent lors de cette rencontre, a pris la parole et clairement signifié au chef du projet Kamel Stiti qu’il fallait faire appel aux spécialistes. «Voilà un travail qui convoque la concertation de tous les spécialistes des différentes périodes. Il y a beaucoup de gens que l’on charge d’une responsabilité et qui, au lieu de faire appel à plus compétent pour faire un bon travail, préfèrent se renfermer sur euxmêmes et faire les choses individuellement. Il faut savoir que ce n’est qu’à travers la concertation qu’on peut arriver à un travail sérieux et des résultats probants », a-t-il indiqué. De son côté, le directeur du CGRAG, Abdelkrim Yelles, qui était également présent lors de cette journée d’étude, a fait à son tour quelques remarques à Kamel Stiti. Trouvant et les fouilles et leurs résultats très limitées, Abdelkrim Yelles s’est interrogé devant l’assistance pourquoi n’a-t-on pas poussé les recherches un peu plus loin, se limitant à des conclusions peu significatives et pourquoi n’a-t-on pas fouillé dans la partie est et ouest de la place des Martyrs, se limitant aux 400 m2 des deux parties sud et nord, pour voir s’il n’y a pas d’autres vestiges afin que les choses soient plus claires. Sur ce, Mourad Bouteflika a réagi en expliquant que «vu le caractère urgent de l’opération, il fallait faire vite et se limiter à un sondage archéologique pour évaluer ce qu’il y a sur place comme potentiel archéologique, afin de permettre à l’Entreprise du métro d’Alger de commencer ses travaux ». Pour lui, le fait qu’ils aient pu réaliser ce sondage et convaincu le ministère des Transports de patienter et construire la gare au sous-sol, c’est déjà une grande victoire. D’autant plus que tout le monde pensait que les Français avaient tout détruit durant la période coloniale et qu’il ne restait pas grand-chose sous la place des Martyrs. Selon lui, le conflit entre le ministère de la Culture et celui des Transports sur la place des Martyrs ne date pas d’aujourd’hui. Il a cité comme exemple, une correspondance adressée au département de Khalida Toumi il y a quelques années par un ex-ministre des Transports, dans laquelle il donne un délai d’un mois pour lever les contraintes liées au patrimoine, sinon il sera obligé de ramener ses bulldozers et détruire tous les vestiges se trouvant dans le sous-sol. Par contre, s’est-t-il félicité, «aujourd’hui, nous avons l’opportunité d’avoir le projet du métro d’un côté et le patrimoine de l’autre. Une délégation du ministère de la Culture et de la Direction de la culture de la wilaya d’Alger s’est rendue avant le commencement de la fouille à Rome et à Athènes pour voir s’il est possible d’avoir à la place des Martyrs, le même modèle de gares de métro qu’on trouve dans ces deux villes européennes. Il s’agit de gares construites au sous-sol et le métro passe au milieu des vestiges préservés dans des sortes d’aquariums et exposés aux passagers. Ces responsables de la culture algérienne ont finalement constaté qu’il était possible d’avoir cet échantillon à Alger.» Ainsi, selon Mourad Bouteflika, dans quelques années, les Algériens et les touristes pourront prendre le métro et voyager tout en appréciant les vestiges préservées sous-terre. Interrogé à ce sujet, le Dr Mahfoud Feroukhi, qui a présidé cette journée d’étude et qui est notamment membre du conseil scientifique du CNRA et chercheur à l’INRAP, a appuyé les dires du directeur du patrimoine en indiquant qu’un tel projet «est très envisageable à la place des Martyrs, d’autant plus que l’Algérie a aujourd’hui les moyens».
Incompréhensible… !
En attendant, les archéologues algériens, soucieux de l’écriture de l’histoire de leur pays, se posent beaucoup de questions. Pour eux, cette opportunité aurait pu énormément contribuer à réunir une batterie d’informations sur l’histoire de la ville d’Alger. Comment a été constituée la ville de Beni Mezghana et a-t-elle réellement existé ? Est-ce que les ancêtres de la population habitant aujourd’hui la commune de Beni Mezghana, située dans la wilaya de Médéa, étaient à une certaine époque les véritables autochtones de la ville et qu’ils ont été chassés par la suite pour s’installer dans la région de Médéa ? Ou plutôt une portion de cette tribu avait conquis dans le temps la ville d’Alger ? Durant la période coloniale, les Français ont trouvé à Alger, de la céramique provenant de Grèce. Ce type de céramique qu’on trouve seulement dans les colonies grecques de la Méditerranée occidentale n’existe nullement dans les villes côtières de l’Afrique du Nord dites puniques ou numides. Même pas à Carthage qui fut l’une des villes les plus connues pour sa vocation commerciale. Peut-t-on supposer à travers cette découverte de céramique grecque (rare), qu’Alger fut à une certaine époque une colonie grecque ? Les textes historiques parlent de la suprématie des Carthaginois sur les côtes du Maghreb, c’est-à-dire que les Grecques ne se sont jamais installés dans les villes maghrébines… Comment était la ville sous le royaume numide, à l’époque de Massinissa et Jugurtha ? Pourquoi ce dernier a choisi la ville de Cherchell comme capitale de son royaume et non pas Icosium (Alger) qui est plus riche d’un point de vue économique, grâce à son mouillage et ses terres fertiles, alors que Cherchell se situe sur une colline abrupte ? Selon les spécialistes, toutes ces questions auraient pu trouver des réponses, du moins partiellement dans un premier temps, si l’on avait pris le soin et le temps d’effectuer une fouille minutieuse. D’autant plus que la place des Martyrs est située sur un terrain ou un espace dégagé, contrairement aux autres villes ou sites bâtis. C’est-à-dire que les contraintes de destruction de maisons, déménagement et recasement des habitants ne se posent pas. Il suffit donc juste de creuser et d’entamer les fouilles. «La place des Martyrs était le centre urbain de toutes les civilisations qui ont traversé l’Algérie. Nous n’avons rien contre l’institut français, mais il s’agit là d’une fouille d’une importance capitale pour nous en tant qu’Algériens. Nous connaissons notre histoire et les spécificités de nos monuments et vestiges archéologiques beaucoup mieux que les Français, d’autant plus que nous avons des compétences de renommée mondiale, et les responsables de la culture les connaissent une par une. On aurait pu avoir beaucoup d’informations sur l’histoire de la ville, mettre en place un véritable chantier d’école, former les étudiants qui pouvaient faire des travaux dirigés (TD) sur place. On pouvait également profiter de l’occasion pour effectuer des mémoires de fin d’études (licence, master, magister et doctorat). On aurait pu aussi nettoyer, étudier et dater les matériaux archéologiques trouvés et les mettre en lieu sûr au lieu de les déposer pêle-mêle dans des casiers au sous-sol du CNRA…», dira un archéologue proche du dossier qui a préféré garder l’anonymat. Interrogé sur l’ensemble de ces points, le directeur du patrimoine, Mourad Bouteflika, a expliqué d’abord qu’il fallait faire appel aux Français qui sont spécialistes dans la prévention, car les Algériens ne sont pas assez compétents pour ce type d’opération. «Les archéologues algériens, au même titre que le Centre national de recherche en archéologie, s’y connaissent dans les projets de recherche à long terme, alors que dans ce cas, il s’agit de la prévention et il fallait surtout faire vite», a-t-il précisé. Et d’ajouter : «Cette fouille a été avant tout entamée pour permettre au métro d’Alger d’opérer au plus vite, il n’y avait pas donc beaucoup de temps à perdre pour réaliser une fouille minutieuse.» Interrogé également sur la divergence des avis concernant les datations des différents monuments et vestiges découverts, Mourad Bouteflika a tenu à préciser qu’il n’est pas archéologue mais architecte, donc pas spécialiste en la matière. Mais il a tout de même signifié qu’il ne sert à rien d’anticiper les choses ou de polémiquer, car les Français n’ont toujours pas rendu le rapport final de la fouille ! Il est à rappeler que l’INRAP a été sollicité pour justement faire vite, conformément à la convention qui limite les travaux de recherche à 40 jours et l’établissement du rapport final, huit semaine après. Aujourd’hui, plus de huit mois sont passés après la fin des fouilles, et c’est ce même responsable qui affirme que les Français n’ont pas encore rendu le rapport final. Dans ce cas-là, s’interrogent les spécialistes du secteur, pourquoi a-t-on prétexté qu’il fallait faire appel à eux pour faire vite s’ils ont accusé tout ce retard ? Enfin, ces mêmes spécialistes affirment qu’en l’espace de huit mois et avec très peu de moyens, ils auraient pu donner l’opportunité aux Algériens de connaître, du moins, une bonne partie de leur histoire et faire les choses dans les règles de l’art. Affaire à suivre…
M. M.

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